Johnny, la centrifugeuse et les pépites

Connaissez-vous des moments dans la vie où vous vous dites « je vis un truc incroyable! ». Ces moments où vous êtes cueillis, surpris, retournés, saisis? Des instants dont vous sentez qu’ils sont inhabituels, incongrus, précieux, parfois dramatiques ou carrément sensationnels?

Ces moments je les appelles des pépites. Comme je suis sensible (très sensible) (trop sensible), les émotions me traversent avec une facilité folle. Je pleure devant les exploits sportifs, je suis transportée par la virtuosité d’un film, je palpite d’admiration devant un roman bien écrit…alors ces pépites, que dire? Elle suspendent un peu le temps pour moi.

Récemment, j’ai vécu deux moments-pépites et je voulais les partager avec vous.

Le premier appartient à la catégorie « incongrue ».

Je rentrais du sport et j’écoutais Augustin Trappenard sur France Inter (sa bienveillance et sa culture font ma joie quotidienne) et je me branche sur la station alors qu’une pause musicale diffuse une chanson inconnue. Un homme déclame avec grandiloquence un texte distopique sur une société qui n’aurait pas connu la nature tandis que monte sourdement derrière lui une mélopée grandiose, du Beethoven. Et c’est très beau.

Saisie, j’écoute ce récit qui monte comme un escalier fou, qui frappe par son intensité, sa profondeur, sa puissance. J’accuse l’uppercut et j’attends la suite.

Augustin reprend la parole sans commenter ce son, il discute avec Robert Hossein. Je suppose alors que c’est ce grand acteur qui a réalisé cette performance. Je cherche vainement sur internet, rien. Finalement, sur le site de l’émission je découvre que c’est Johnny Hallyday, THE Johnny qui chante en 1970 cette fable écologique écrite par Philippe Labro (THE Philippe) sur la 7e symphonie de Beethoven. Les. bras. m’en. tombent. (je n’avais pas exactement de passion pour Johnny dois-je le préciser?)

 

Ma deuxième pépite est, elle, de la catégorie « Expérience ».

Depuis plusieurs années nous avons un abonnement familial au Palais de la Découverte. J’adore ce lieu, grandiose et délabré où petits et grands peuvent venir découvrir les mystères de la science et du vivant. Le planétarium fait partie de mes endroits préférés sur terre (fauteuils moelleux, noir absolu et récits qui vous mettent la tête dans les étoiles).

Les conférences sont souvent passionnantes; on découvre les règles de l’électromagnétisme à l’aide d’un aimant gigantesque, la communication animale en observant des rats, fourmis, grenouilles, araignées, poissons…, la chimie en fabriquant du slime et le zéro absolu n’a pas plus de secret grâce aux explications ludiques. Des sessions dispensées par des doctorants passionnés des meilleures universités. Tout est accessible, décomplexé, ouvert : j’adore!

A la demande de la grande Fée nous y sommes allées juste elle & moi dimanche dernier sans grande ambition, juste passer une tête et aller à de nouvelles conférences (ils ont développé des conférences sur les sciences du numériques et internet, utile) et nous faire une pause Planétarium.

Soudain, sur une inspiration de la dernière heure, juste avant la fermeture du Palais, nous décidons d’assister à une conférence inconnue dont nous avions souvent vu l’intitulé qui ne nous avait jamais séduit jusque là : « Coriolis et le pendule de Foucault. »

Grand bien nous a pris! Nous arrivons dans une salle dont nous n’avions jamais remarqué l’existence, toute ronde avec une banquette centrale, arrondie elle aussi et dont l’accès est empêché par une chaîne. Nous voilà à attendre avec d’autres curieux, le conférencier qui arrive en jean et baskets, 30 ans maximum et le cheveux en bataille. Il défait la chaînette et nous invite à nous assoir sur la banquette. Je réalise que nous montons en réalité dans un manège intégré au sol, la banquette va tourner. Le conférencier demande si quelqu’un a mangé juste avant – haussements d’épaules des participants, le français est trop cool pour avouer sa faiblesse- et il démarre la machine. La banquette commence à tourner, les sourires se dessinent sur les lèvres.

En dépit du mouvement de cette centrifugeuse, le conférencier se tient debout (l’exploit!) et commence à nous expliquer les forces centrifuges, centripètes, nous jette des balles de tennis, nous demande de nous lever, de courir, de lancer des objets aux curieux restés à terre. La Grande Fée devient un cobaye, elle titube sous les consignes et tente de traverser le manège à grands pas, petits pas, rapides puis lents. Chaque expérience apporte son lot de Oh! et de Ah!, la surprise est au coin de chaque tentative. Nous sommes tous stupéfaits (Sauf le japonais qui demande à descendre, verdâtre).

On découvre alors la force de Coriolis (moi qui ait eu 5 en physique au bac, enfin j’y comprends quelque chose!), on comprend l’expérience de Foucault au Panthéon qui avait prouvé avec un pendule de 27 mètres accroché à la grande coupole que la terre tournait.

Cette pépite-là est pleine du souvenir des yeux écarquillés et joyeux de la Grande fée, de ma propre jubilation à comprendre un petit bout de Physique alors que je m’y croyais farouchement étanche, de l’intelligence jubilatoire du conférencier qui a réussi à ne jamais vomir en dépit des mouvements variés et souvent très rapides du manège.

Ce fut un voyage mobile et mobile à la fois, inoubliable et qui a remis en moi du carburant pour longtemps sur le plaisir d’accéder à de nouveaux savoirs. Et l’envie de saluer – again- cette petite futée de Sérendipité qui n’est décidément jamais très loin.

(Merci, toi).

 

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