Relations Ecole-Parents : le bon sens en perdition ?

Je ne sais pas pour vous mais j’imagine les relations école-parents de manière assez simple : on travaille tous pour l’épanouissement et l’enrichissement de nos enfants, nos buts convergent. Avec un soupçon de respect et de bon sens, ça devrait marcher.

Ce matin pourtant, j’ai vécu une scène ubuesque qui fait écho à beaucoup d’autres vécues ces dernières années, et qui ne va pas dans le bon sens.

Comme souvent, j’étais volontaire pour accompagner une sortie de classe. Un mot laconique avait été posé dans les carnets de liaison il y a plusieurs semaines indiquant que le mercredi 9 mai, il fallait des accompagnateurs pour aller à la médiathèque. J’ai entouré le OUI, j’ai signé, fin de l’histoire.

Ce matin je me présente donc à 8h30 avec 4 autres parents tout sourire. Là, la maîtresse nous regarde éberluée et nous demande « mais pourquoi êtes-vous là? ». Bah pour la sortie de classe, tiens, réponds un digne monsieur en costard-cravate qui a dû poser sa demi-RTT pour donner du temps à la classe de son fils avant de repartir dans sa tour joyeuse à La Défense.

L’instit de nous répondre : « Mais c’était à 9h30! »

Ah bon, comment l’aurions-nous su?

Là elle nous répond qu’elle a écrit aux parents qui avaient laissé un mot dans le carnet de liaison la semaine dernière pour savoir si la sortie était maintenue en dépit de l’absentéisme dans la classe lié au Pont (la classe est décimée … et ça me fait halluciner mais c’est un autre problème). Ceux qui n’ont pas fait la démarche de l’interroger ont donc été tenus pour absents. Au petit bonheur, elle s’est donc dit « s’ils ne demandent rien c’est qu’il ne viennent pas! ». L’idée qu’on ait signé et pris un engagement clair et formel ne semblait pas la troubler plus que ça.

Là, elle nous explique que du coup on sera trop nombreux et explique en substance au monsieur en costard qu’il peut se casser. Regard navré de son fils qui se faisait manifestement une joie d’avoir son papa en sortie scolaire.

Et moi? Je suis invitée à revenir à 9h30 car je peux servir apparemment.

Je suis donc rentrée écrire ce billet un peu perplexe, légèrement agacée en me demandant comment les professeurs peuvent utiliser les parents de cette manière comme des bouche-trous et penser créer un climat de confiance et de respect mutuel.

Ceci complète de manière intéressante l’expérience vécue cet hiver, lorsque j’ai sollicité humblement un rendez-vous pour parler de mon zèbre de CE1 qui devait sauter le CE2 et que sa maîtresse m’a royalement octroyé 15 minutes (15 minutes!) un matin entre 8h15 et 8h30…Vous imaginez la qualité d’un échange de 15 minutes au petit matin, assis sur des chaises naines et le bruit de la cour de récré en fond sonore? Cela dit comme elle a été absente 1 mois sur 2 cette année, la qualité de la discussion ne pouvait qu’être limitée. Doncil s’ennuie à périr dans sa classe et régresse même en lecture et en attention aux consignes, on touche à l’absurde.

Cette émission du jour sur France Inter est d’ailleurs tombée bien à point sur la propension de certains zèbres à se dire « Moins on m’en demande, moins j’en fait…« . En gros, les instit qui attendent que le gamin ait des 20/20 partout pour lui faire sauter une classe se plantent… parce qu’un enfant qui survole et s’ennuie dramatiquement a plutôt des résultats médiocres. Et le fait de sauter une classe, trouver du challenge et de la difficulté va le stimuler enfin.

Pour revenir au sujet, je comprends que les parents sont considérés comme  des ressources utiles et absolument pas comme des partenaires, qu’ils doivent exister le moins possible en-dehors de ces moments précis où ils se montreront dociles, disponibles et dévoués.

Alors oui, sais qu’il y a partout des instituteurs fermés et/ou timides pour qui échanger avec les parents est une épreuve. Et qu’il ne peut pas y avoir que des flèches dans le monde. Je sais aussi qu’il y a des parents qui détestent l’école et ce qui s’y rattache, ou qui la craignent et ont vivre l’enfer aux professeurs par leur paranoïa ou leur agressivité.

Mais si l’on écarte ces situation pathologique (bien qu’elles soient sûrement fort nombreuses), je m’interroge sur la manière dont l’école en France est parvenue à exclure les parents du paysage, la manière dont les jeunes professeurs sont briefés par leurs collègues sur le sujet.

Sont-ils si mauvais? inutiles? néfastes? Pour qu’ils n’aient aucun accès à la salle de classe, très peu au professeur, jamais aux équipes qui encadrent les enfants à la cantine, à l’étude et au centre de loisirs?

Ce blog évoque ce sujet étonnant et résume le problème en une phrase : « Une étude, en 2015, montrait que 5% des parents sont réticents à collaborer avec l’école et que 80% d’entre eux suivent le travail scolaire de leurs enfants. »

Comment est-il possible d’être ainsi relégué au rang de serviteur (vas-y organise la kermesse et accompagne les sorties de classe) ou d’emmerdeur (me dis pas qu’elle veut qu’on parle de son fils 30 minutes dans l’année, on croit rêver).

Bref, je suis fâchée ce matin...et je rêve d’un établissement où les professeurs et les parents forment une équipe harmonieuse et équilibrée pour accompagner l’enfant à travers des enseignements réussis, en continuité entre l’école et la maison.

Ça tombe bien, mon projet de petit Collège alternatif avance bien. Et on y sera drôlement bien, vous verrez…

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